1999 "Un marché artisanal"
La Société de développement de Delley-Portalban-Gletterens fête cette année son 30e anniversaire. Un jubilé qu'elle a souhaité marquer par la mise sur pied, dans une ruelle du vieux Portalban, d'un marché artisanal. Pas n'importe lequel, puisque les 24 exposants provenaient presque tous des trois villages. "Ce marché est une manière de créer un lien entre les touristes et les gens du coin, explique Daniel Waser, président. D'autre part, nous avons voulu montrer ce que nos artisans régionaux font". Vu l'énorme succès rencontré, la formule pourrait être renouvelée. "Il est encore trop tôt pour dire si nous allons en faire un
rendez-vous régulier, relève M. Waser, mais peut-être que nous remettrons ça dans deux ans". On se réjouit déjà.
Un air d'orgue de Barbarie me dirige vers l'entrée du marché, ou la sortie. Tout dépend en fait de quel côté on entreprend sa visite. Passés les premiers stands, je m'arrête devant un homme, aiguille en main, qui fixe un morceau d'étoffe sur un vieux fauteuil. Notre artisan, Daniel Marmier,
est "Tapissier du Roy", ce qu'on appelle aussi aujourd'hui décorateur d'intérieur. Le travail présenté est impressionnant, non seulement par la rudesse du labeur, mais surtout par la qualité des travaux achevés. A quelques pas de là, Francis Ansermet. Il a mis ses quelque 300'000 abeilles au repos et vend leur miel en dose d'une livre ou d'un kilo. Sur chaque pot a été apposé le label de la Fédération suisse des apiculteurs, qui certifie le contrôle et la qualité du produit.
D'abord le contact avec les gens
Nombreux sont les époux qui se rendent ensemble au marché. L'un expose les objets, l'autre les confectionne devant vos yeux. "Tout cela donne envie d'acheter", me lance un autochtone à l'accent rocailleux. "C'est tellement beau", poursuit-il tout en découvrant avec fascination l'agilité avec laquelle Hans Geissbühler tresse les tiges d'osier. Son épouse est cachée derrière une montagne de paniers, hottes et autres corbeilles, le visage rayonnant. Je poursuis mon exploration et me retrouve devant une mer d'objets peints et gravés. Nous sommes au stand de
M. et Mme Guérig. "Mon mari pratique la gravure sur verre depuis de nombreuses années, m'explique cette dernière. Il a même fait des expositions sur Neuchâtel. Après vingt ans dans l'hôtellerie, je me suis retrouvée au chômage. Il fallait bien faire quelque chose. Au début, j'ai
déprimé un peu. J'ai été placé à Saint-Aubin pour occuper les enfants après l'école, auprès de l'Association du P'tit Bonheur. Mon mari m'a alors appris à bricoler. Et c'est comme ça que j'ai commencé à peindre, des objets en bois, des mobiles, des vases". A l'instar de nombreux autres artisans, M. et Mme Guérig ont longtemps hésité avant de se décider à venir exposer. "Ça demande passablement d'investissement. Il faudrait s'équiper et faire tous les marchés. Et puis je fais cela surtout pour le plaisir, comme occupation. Mais ce que je préfère, c'est le contact avec les gens".
En face, les décorations florales de
Sylviane Décrevel. Fleurs séchées, blé, herbes sauvages se combinent dans de petits paniers ou sur des cadres pour livrer de véritables petits chefs-d'oeuvre. Le sens artistique est profond. Me voilà au cœur du marché. Les stands à boire et à manger se côtoient. La famille Perriard a ouvert les portes de sa grange. On y découvre les clichés de M. Perret. Les rives de Portalban il y a cinquante ans. Les pêcheurs s'activent à suspendre les filets, tandis que sur une autre photographie se déploie un large
paysage lacustre. "Je me souviens bien quand il y avait encore ce bâtiment. Gamins, on allait jouer autour". Les souvenirs fusent.
Je reprends le fil de la découverte. Assises derrière une table remplies de bijoux, deux fillettes, que j'interpelle. L'une d'elle s'appelle Jeanine Helbling: "J'ai fait ça avec une copine, Roxane Sacchi, mais elle n'a pu venir aujourd'hui". J'aborde alors le stand de Judith Falk. Des miroirs sur lesquels se sont incrustés comme de petits serpents, des filets méandriques. Il y a aussi des pendentifs, des masques. "Je travaille avec la pâte Fimo, m'explique Judith. C'est très souple, et ça ressemble à la pâte à modeler avec les propriétés de la terre cuite. J'aime bien tout ce qui est manuel. Au début, je faisais beaucoup pour les amis.
Maintenant je me rends à quelques marchés. Mais je fais cela à côté, car il faut d'abord s'occuper des enfants et de la famille..".
Le marché dans l'assiette
Après avoir échappé de justesse à la grande échelle des pompiers, me voici au milieu des animaux. Les agriculteurs du coin ont eux aussi mis la main à la pâte. Des oies, une truie, une vache, un petit veau, des lapins, des poussins se partagent les quelque mètres carrés de verdure pour la plus grande joie des enfants, mais aussi des adultes. "Ça me rappelle des souvenirs, me lance un monsieur qui caresse avec plaisir un veau. Mes parents étaient paysans". Avant de repartir, j'achète quelques légumes frais de saison chez Mme Ruegsegger, pour tenter d'emporter avec moi une bribe du marché artisanal de Portalban. L'animation et les bruits
résonneront dans mon assiette.
Cathy
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